Le Grand Barret, cœur du futur parc

La « Bastide du Grand Barret » , souvent appelée à tort « Bastide du Roc Fleuri », est une propriété privée, enclavée aujourd’hui au cœur d’un futur parc de plus de 5 hectares  dit « Parc du Roc Fleuri »terrains acquis par la Ville en août 2018.
De fait l’emprise du  parc se superpose aux terres de l’ancien domaine, occupé et exploité jusque dans les années 2000. Ne devrait-il donc pas plutôt s’appeler « Parc du Grand Barret » ? Cette dénomination rappelle une ancienne réalité : la propriété du Grand Barret est, historiquement et géographiquement, le cœur de ce parc, et son maintien comme élément central semble incontournable.


A noter que dans son rapport sur le patrimoine du quartier de 2012 « , Thomas Metzger reprend les mots clés « intégrité »  « intégration » et « parc » comme critères de sélection de cet élément patrimonial, soulignant ainsi que la bastide appartient à un tout !

Ce « tout », ancien domaine provençal,  regroupant autour de la maison des maîtres, une ferme et ses dépendances, entourées de terres agricoles, est resté intact, propriété de la famille « Allais-Torres », jusqu’au début du siècle, échappant à l’urbanisation rapide du quartier. Au fil des successions, il risque de voler en éclats:  l’essentiel des terrains non bâtis est désormais propriété de la Ville, mais l’autre partie, vendue à un promoteur et construite est désormais privée (résidences l’Ecrin et le Nid). Restent la bastide, la ferme et ses dépendances: que deviendront-ils ?


Pour mieux planter le décor, revenons en arrière :

Carte de Cassini, 1744
Cadastre napoléonien, 1828

Datée du XVIIIe siècle, la propriété (terrain et bâtiments) figure au cadastre napoléonien de 1828 sous le nom de « Bastide de Gueidan ». Elle appartient alors à Scipion de Gueidan.

Dans les années 1930, la famille Allais issue de l’immigration italienne acquiert la propriété, constituée d’une bastide et d’une exploitation agricole attenante. A la génération suivante, leur fille Catherine Allais, devenue épouse Torres en hérite, et ce sont les fils du couple Allais-Torres, Guy et Frédéric, qui en sont aujourd’hui propriétaires.

Bastide et son logement attenant – nov 2011

Les Allais-Torres, commerçants aixois en centre ville, utilisent la bastide des champs comme résidence secondaire et confient l’exploitation du domaine agricole à un fermier. Une seule famille, la famille Dedominici, elle aussi d’origine italienne, assure le fermage entre 1938 et 2006, Georges Dédominici en fut le dernier exploitant. Les habitants les plus âgés de notre quartier, que nous avons interrogés, l’ont bien connu et allaient quotidiennement chercher leur lait, leurs œufs frais et parfois quelques poulets (fermiers et bio !) à « la ferme de Georges ». Pour faire ses achats, on s’arrêtait au niveau de la grange, sans aller jusqu’à la bastide – il n’était pas question d’aller plus loin afin de ne pas déranger la tranquillité des occupants de la maison de maître ! On pouvait y voir le cheval de l’exploitation (qui pendant de nombreuses années est utilisé pour le labour), entouré de quelques autres animaux: vache, poules, moutons, cochons… Une véritable ferme à l’ancienne, aux portes de la ville ! Georges Dedominici est décédé à Aix en novembre 2009 à l’âge de 86 ans.
Dès lors, la propriété du Grand Barret est fermée et demeure inoccupée.

La bastide du Grand Barret est désormais entièrement fermée – nov 2011

Les années passent et les lieux se dégradent. Ouverts à tous vents, ils sont rapidement squattés et deviennent même une scène de crime  la nuit du 6 au 7 octobre 2014 où une violente rixe entre occupants entraîne la mort de Mareck Salamazinski, 42 ans, sans abri de nationalité polonaise.

Bastide du Grand Barret – Facade en 2019 puis 2020

Aujourd’hui, la propriété est dans un état d’abandon total. En une décennie, les lieux sont gravement dégradés et vandalisés. L’intérieur de la bastide n’est pas épargné: murs taggés,  sol recouvert de détritus, cheminées démolies.

Bastide du Grand Barret – Cage d’escalier et salon – avril 2020

A l’extérieur c’est une vraie déchetterie: carcasses de voitures, matelas, déchets en tout genre, la ravissante fontaine murale et son bassin  ne sont plus qu’un souvenir !

Fontaine du Grand Barret – 2011 et 2020
Jardin de la bastide en 2019 et 2020 – Au loin, le toit de la grange
Grange, extérieur et intérieur – avril 2020
Poulailler et boxes en 2011 et 2020

Il faut protéger ce qui reste. Comment?
Le CIQ , conscient que ce lieu exceptionnel s’inscrit à la fois dans la mémoire et le paysage du quartier, propose que cette bastide reste solidaire des terres dont elle a été séparée et que la Ville s’en porte acquéreur afin qu’elle qu’elle soit rénovée (le bâti étant encore de bonne qualité) et reste intégrée dans le parc. En cohérence avec le projet de parc, de  nombreuses utilisations des lieux sont imaginables: musée, lieu d’exposition, ferme pédagogique, maison des associations, maison du PNU ou du grand site Ste Victoire…

Après étude des conditions juridiques, il apparaît que le droit de préemption urbain ne serait pas applicable à cette propriété (cf plan ci-dessous).

PLU, planche D vue 2 – Le DPU, (teinte violette sur le plan) ne serait pas applicable à la parcelle BH 242, située en zone N. La teinte verte correspond aux espaces naturels sensibles.

Et pourtant l’acte d’acquisition des terrains de 2018 dit le contraire (cf p29, reproduite ici).

Vente Cts Torres / Ville d’Aix des 8 et 22 aoûr 2018 – page 29: l’acte indique que le DPU est applicable

Si cela est confirmé, il ne restera donc plus, pour conserver l’intégrité de ce superbe domaine, qu’à convaincre la Ville de l’acquérir  directement auprès de ses propriétaires…

7 Replies to “Le Grand Barret, cœur du futur parc”

  1. Petite précision, la Bastide du Grand Barret n’était pas la résidence secondaire des Torres, mais leur résidence principale.
    Cordialement.

  2. Merci pour ce retour en arrière! C’est très intéressant ! Une ferme pédagogique serait super à cet endroit !
    Très beau projet qui j’espère aboutira vite!

  3. De toute façon ne pas acquérir ces bâtiments, les détacher de la vente de la propriété à la commune serait une erreur dommageable au projet de parc. Très probablement une acquisition « souterraine » serait protégée dans le cadre de la négociation entre commune et proprio ? Qui , quel spéculateur foncier à cet endroit , venant handicaper fortement l’usage de parc public à terme (coupure du tènement foncier-diminuant d’autant la valeur de l’achat) ? Il serait important que tout éclairage soit fait dans l’intérêt des habitants comme ceux du quartier.

  4. Merci pour cet éclairage sur l’historique des terres .. et pour resituer le futur parc dans le domaine du Grand Barret distinct du Roc Fleuri.. certes voisin mais sur d’autres terres

  5. A quand la création d’un vrai parc qui permette une vraie randonnée en pleine nature dans une ville qui n’a pas encore donné la priorité à une « respiration nature » tellement nécessaire dans cette sociale du XXI ème siécle
    Merci

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