Histoire d’eaux

« Mais où va l’eau ? »  répètent en cœur les Aixois riverains de la Torse. On a l’impression qu’un sort vient d’être jeté sur le quartier. L’eau est ensorcelée. Elle refuse de couler dans le lavabo mais déboule là où on ne l’attend pas. Sur les hauteurs du chemin du Marbre Noir ou du Roc Fleuri, des habitants se sont plaints que la pression d’eau municipale restait trop basse pour faire tourner une machine à laver. Mais dans le même temps, l’eau s’infiltrait sournoisement dans les caves de la résidence des Jardins de la Torse. Cette eau qui inonde les caves, d’où vient-elle, où va-t-elle. Malgré une batterie de tests, le mystère demeure entier. L’eau de la Torse n’est pas en reste, elle s’est mise de la partie et écroule les berges du Parc de la Torse. Toutes les eaux du pays, eau municipale, de source ou de rivière, jouent sur nos nerfs et semblent se liguer contre nous. On y perd son provençal. Pas vraiment car dans le passé, le feuilleton de l’eau thermale dont on a perdu puis retrouvé la trace au fil du temps, a laissé bon nombre d’Aixois sur leur soif.

Donc rien ne va plus dans l’Aquae Sextiae. Sont-ce les travaux du barrage Bimont qui modifieraient l’équilibre de la nappe phréatique ou est-ce tout bonnement le changement climatique. Va savoir ! Le climat évolue-t-il vers celui qui régnait à l’époque de la bataille de la Sainte Victoire en 102 avant JC quand le débit de la Torse et de l’Arc était bien plus important qu’aujourd’hui, quand des sources chaudes couraient un peu partout et servaient au réconfort des  guerriers Teutons et Ambrons.

La population gamberge et s’inquiète. Les travaux de la nouvelle piscine olympique Yves Blanc intriguent tout particulièrement. On murmure que son terrassement aurait pu, lui aussi, détourner des flux souterrains. En outre, pendant plusieurs semaines, le service des eaux s’est employé au remplissage du bassin olympique. Comme le niveau montait péniblement, de multiples interrogations firent surface. Où va l’eau de remplissage, tempêtaient les élus de la Ville, sous pression à cause de l’inauguration prochaine. Dans la Torse et les caves des riverains, persiflaient des turlupins.

Serait-ce la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Toujours est-il qu’avec l’entrepreneur privé il y aurait eu de l’eau dans le gaz. Selon certaines sources, la ville envisagerait de recourir aux services d’un rhabdomancien pour mater la révolte des eaux. Espérons que l’intervention de ce sourcier produise le résultat escompté et ne se révèle pas être un coup d’épée dans l’eau.

Hubert Capes

 

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